Et si cet été, vous aviez enfin accès à la Voie lactée ?

 

 

Le mois d’août approche et, avec lui, les pluies d’étoiles filantes qui ravissent les fans d’astronomie comme les superstitieux !

Malheureusement, ce n’est pas si facile que ça de les observer, surtout si vous habitez en ville ! En cause ? La pollution lumineuse, qui affecte pas moins de 83% de la population mondiale ainsi que des centaines d’espèces animales.

Aujourd’hui, je vous propose un focus sur cette pollution silencieuse, mais dévastatrice et sur les solutions que vous pouvez mettre en place chez vous !

 

Pollution lumineuse : « c’est vraiment grave, docteur ? »

 

Je vais être honnête avec vous : au départ, quand on me parlait de pollution lumineuse, je pensais qu’il était « juste » question de ne pas pouvoir voir les étoiles depuis chez soi.

Sur le plan éthique, c’est déjà un problème en soi puisque cela signifie que l’accès au ciel (et donc l’accès à la nature) n’est pas garanti à tous. Mais bien sûr, on pourrait me rétorquer qu’il n’est pas absolument vital de pouvoir contempler les étoiles.

Seulement, voilà : les conséquences de la pollution lumineuse vont bien au-delà des considérations éthiques.

Vous ne le savez peut-être pas, mais partout où la pollution lumineuse est significative, elle perturbe les rythmes biologiques naturels des êtres vivants. [4]

On note par exemple que les arbres proches des éclairages publics mettent en général plus longtemps à perdre leurs feuilles (au risque de subir le gel) et que certaines espèces animales diurnes sont désormais nettement plus actives la nuit. [1]

Surtout, la pollution lumineuse a un effet terrible sur les populations d’insectes : sur-prédation, brûlure, épuisement… Les insectes, attirés par la lumière, s’exposent à de nombreux dangers, à tel point que la pollution lumineuse est devenue la seconde cause principale de leur disparition (juste derrière les pesticides) et que chaque lampadaire allumé tue environ 150 insectes par nuit. [4]

Chez les êtres humains, les conséquences de la pollution lumineuse se traduisent à court terme par des difficultés à trouver le sommeil.

Au long terme, peuvent s’ajouter des problèmes de vue (myopie, presbytie ou photo-toxicité, qui est l’un des facteurs majeurs des maladies dégénératives de la rétine [2]) ou de l’insomnie (qui augmente le risque de développer des pathologies cardiovasculaires, réduit nos défenses immunitaires et affecte notre comportement [3]).

« Alors quoi, je devrais rester dans le noir complet jusqu’à ce que le soleil se lève ? »

Évidemment, la réponse est non. Et il n’est pas question non plus de s’éclairer à la bougie, je vous rassure.

En réalité, quand on parle de pollution lumineuse, on parle de 2 choses en particulier :

 

1. L’éclairage inefficace

 

Ça tombe sous le sens, mais l’éclairage est fait pour qu’on puisse y voir clair. Il répond à deux besoins purement pratiques : celui de savoir où on met les pieds pour ne pas tomber et celui de pouvoir anticiper les éventuels dangers.

Aussi, dès lors qu’une ampoule ne répond pas (ou pas de façon optimale) à ces besoins, elle peut être considérée comme inefficace.

 

À titre d’exemple, on peut citer :

 

  • Les spots publicitaires qui restent allumés toute la nuit, alors que personne ne les verra.

 

Si on peut admettre l’utilité pour les marques d’être visibles en début de soirée, lorsque les gens sortent et que cette promotion est efficace, cela n’est plus valable quand plus personne ne se trouve dans les rues. En France, il existe d’ailleurs une loi qui impose aux entreprises d’éteindre leurs enseignes lumineuses entre 1H et 7H du matin. Malheureusement, la plupart des entreprises ignorent encore son existence et conservent leurs anciennes habitudes. [1]

 

  • L’éclairage public entre 1h et 4h du matin dans les zones rurales.

 

Partout dans le monde, des villages entiers sont éclairés toute la nuit. Pour qui ? La seule voiture qui traversera l’une ou l’autre commune dans la nuit (et qui est déjà équipée de phares pour s’éclairer) ? Ou la seule personne ayant à s’aventurer dehors dans le mois, et qui pourrait probablement s’éclairer avec la lampe de poche de son téléphone ? Non seulement cet éclairage est tout sauf nécessaire, mais en plus, il alourdit le montant de vos taxes.

 

  • Les lampadaires en forme de boule.

…Ou la preuve que « design » ne rime pas toujours avec « bon-sens » ! Les lampadaires sont avant tout là pour nous aider à voir où on met les pieds. Concevoir un lampadaire qui diffuse de la lumière partout SAUF en direction du sol contribue donc au gaspillage énergétique. [5]

 

Joli, mais je doute que les écureuils aient besoin de lumière…

2. Le sur-éclairage

 

Là, il est davantage question de l’intensité lumineuse que de sa présence à un instant et un endroit donnés.

L’exemple qui me vient en tête est celui d’une entreprise de transport routier, près de chez moi. Je me souviens de la première réflexion que j’ai eue, lorsqu’ils ont rénové leur éclairage :

« Wow ! On dirait un aéroport ! »

La luminosité était si forte que j’y voyais parfaitement clair à 500 mètres de distance, de l’autre côté de la rue !

Ici, on parle bien d’un éclairage utile, puisque l’entreprise en question a effectivement un service de nuit, mais qui est particulièrement mal maîtrisé.

En réalité, les scientifiques qui se sont penchés sur la question estiment que l’éclairage public ne devrait pas excéder les 3000 K (le Kelvin est l’unité qui mesure la température de la lumière ; à titre de comparaison, la lumière d’un coucher de soleil est à 3200K), ce qui serait suffisant pour y voir clair et limiterait les conséquences de la pollution lumineuse sur notre santé et sur les écosystèmes. [6]

 

Comment savoir si l’éclairage près de chez vous respecte cette recommandation ?

 

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, une ampoule LED n’est pas forcément moins polluante sur ce plan. Au contraire même, puisque durant les premières années de leur mise en circulation, les LED avaient tendance à diffuser une lumière bien plus forte que les ampoules à basse consommation ou halogènes. [1]

Voilà pourquoi, plutôt que de vous fier au type d’ampoule, mieux vaut observer la couleur de l’éclairage.

Si dans vos rues l’éclairage a plutôt une teinte chaude, plutôt orangée, c’est que la luminosité n’est pas trop importante.

À l’inverse, la fameuse lumière bleue (dont on entend parler pour les écrans par exemple) est particulièrement nocive et a un impact très fort sur notre sommeil. Elle est en effet trop proche de la couleur du ciel en pleine journée, et cela perturbe les récepteurs qui se trouvent dans nos yeux, au point de leur faire croire qu’il ne fait pas encore nuit ! [1]

 

Faites partie de la solution !

 

Vous l’aurez compris, afin de protéger votre santé et les écosystèmes, changer nos éclairages est tout aussi important que de développer les énergies renouvelables.

Chez vous, vous pouvez ainsi opter pour des ampoules LED à lumière chaude afin de combiner économie d’énergie ET éclairage optimisé.

Et pour l’éclairage public, même si vous n’êtes pas décisionnaire, n’hésitez pas à vous exprimer également

En France, une idée toute simple peut être de rappeler aux entreprises et aux commerces de votre quartier qu’ils doivent éteindre leurs enseignes à certaines heures de la nuit : comme je le disais plus haut, la plupart le font volontiers une fois qu’on les informe de l’existence de cette loi ! [1]

Vous pouvez également vous rapprocher des représentants municipaux ou régionaux pour leur expliquer les bienfaits d’un éclairage plus raisonné et respectueux de l’environnement. S’il n’est pas toujours faisable de rénover la totalité de l’éclairage en une seule fois, il est généralement possible de remplacer les ampoules défectueuses par des ampoules à lumière chaude et moins énergivores.

Les communes sont d’ailleurs plutôt réceptives face à ces suggestions qui leur permettent de faire des économies très importantes avec un investissement relativement faible ! [5]

C’est d’ailleurs en allant à la rencontre de tous les élus des communes de leur région que des Québécois sont parvenus à créer la première réserve internationale du ciel étoilé.

Il s’agit du Parc du Mont Mégantic, au sud du Québec, créé en 2007. S’étendant sur pas moins de 5200km², on y trouve une ville de 150 000 habitants qui est parvenue à adopter un éclairage responsable dans l’ensemble de ses rues. [1]

C’est la preuve par l’exemple que la pollution lumineuse n’est pas une fatalité, y compris pour les grandes villes (d’ailleurs, c’est valable pour toutes les formes de pollution : à titre d’exemple, un Etat entier a réussi à développer une agriculture 100% biologique) !

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le résultat en vaut la peine :

 

La Voie lactée depuis le Mont St. Joseph,
dans le parc national du Mont Mégantic.

 

Il est temps de prendre soin de vous,

Florence

Saine Abondance

 

Source :

 

[1] Si le sujet vous intéresse, sachez qu’un documentaire réalisé par Corentin Kimenau et intitulé « Où sont passées les lucioles ? » est disponible gratuitement sur YouTube. En plus d’être très instructif, ce long-métrage vous invite à retrouver cet émerveillement enfantin qui rend notre monde un peu plus beau. Cliquez ici pour le visionner !

[2] « Pollution lumineuse et santé publique », rapport de l’Académie nationale de Médecine, DUFIER J.L. et TOUITOU Y., 29 juin 2021.

[3] « L’insomnie et ses conséquences », Marque Verte.

[4] « La pollution lumineuse, menace pour la faune sauvage», 30 Millions d’amis, 13/03/2020.

[5] « Pollution lumineuse », Medias.cohabiter, 2006.

[6] « 6 nouvelles prescriptions techniques en éclairage extérieur », Light zoom Lumière, Vincent Laganier, 7 janvier 2019.

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